Publié le 19/08/2017

Quand LePoint raconte la Dolce vita à Hammamet : plage, hijab, mitraillettes et cocotiers

Le journaliste du magazine Le Point, Pascal Praud,raconte son aventure à Hammamet dans un article publié aujourd'hui.
Quand LePoint raconte la Dolce vita à Hammamet : plage, hijab, mitraillettes et cocotiers

À une heure de Tunis, les motards roulent sans casque, les magasins sont ouverts à 23 heures, des femmes se baignent tout habillés, et des policiers veillent.

Ce vendredi 18 août, il fait 38° à l'ombre à Hammamet (46° la semaine passée). Le taxi file à toute berzingue vers l'aéroport de Tunis. Il a opté pour une climatisation à l'ancienne : les quatre vitres sont baissées. Assis à l'arrière, je prends le vent de côté. Sentiment de rouler dans un hammam équipé d'une soufflerie. Le chauffeur répond au téléphone sans oreillette ni Bluetooth.

Est-ce que je peux fumer ?

Ici les motards conduisent tête nue et les hommes grillent des clopes au volant. Vivement hier ! Un aller-retour en Tunisie n'est pas qu'un voyage dans l'espace, mais aussi une traversée dans le temps. Il y a quelque chose des années 70 dans cette liberté que nos censeurs ont oubliée. Chacun ses ayatollahs. Les nôtres combattent les cigarettes, détruisent les voitures rapides et obligent les cyclistes à porter un casque. En attendant les piétons un jour prochain.

Il est 15 heures et l'avion décolle à 18 h 30. Je rentre. Hammamet est à une heure de voiture de Tunis. Quatre jours dans un hôtel de vacances ne racontent pas l'histoire d'un pays, mais enfin on apprend quand même quelque chose de la vie d'ici. Le wifi marche quand il a envie. Les bâtiments, immeubles ou maisons, paraissent en chantier permanent. Les automobiles ne passeraient pas le contrôle de sécurité à Paris. Personne ne dort à 23 heures : rue animée, boutiques ouvertes. Les hommes regardent le foot dans les cafés. La nuit est douce.

Étrange impression de regarder ces jeunes femmes qui n’ont pas dépassé la trentaine, qui flottent ou barbotent dans le bassin avec leur mari habillé par le Real Madrid

Le matin, la jeune femme qui fait la chambre commence sa journée à 9 heures, quitte l'hôtel à 18. Elle arpente les couloirs sans fin de ce labyrinthe où s'entassent à la belle saison messieurs en short et dames en tongs. Elle gagne 250 dinars par mois, soit 70 euros puisqu'il faut désormais diviser la monnaie tunisienne par 2,70.

Quoi d'autre ?

Les touristes étrangers jouent à cache-cache. Les Italiens ne viennent plus. Quelques Allemands, un ou deux couples russes, pas d'Anglais ni d'Espagnols. Restent les Français, nombreux. Et les Tunisiens, majoritaires. Ils sont en force ici avec femmes et enfants. Les épouses sont parfois couvertes des pieds à la tête. Elles font des longueurs dans la piscine. Entendons-nous bien : ces Tunisiennes ne nagent pas vêtues du niqab, cette prison qui masque tout le visage à l'exception des yeux. Elles portent le hijab, le voile islamique et de longues robes qui masquent leur corps et descendent jusqu'aux chevilles. Étrange impression de regarder ces jeunes femmes qui n'ont pas dépassé la trentaine, qui flottent ou barbotent dans le bassin avec leur mari habillé par le Real Madrid. Combien sont-elles parmi les clientes du Vincci Nozha Beach ? Elles sont minoritaires, une poignée. Une sur cinq peut-être. On ne voit qu'elles.

Des hommes en rangers et fusils mitrailleurs patrouillent au milieu des transats

À côté de ces femmes nées durant la dernière décennie du XXe siècle, les slips de bain font de la résistance. Ouf ! le bikini reste une belle idée. Et les Françaises bronzent sans complexe, enchantées durant une semaine, parfois deux, de trouver ici ce qu'elles ne trouvent qu'en dessous de la Loire : la chaleur. « Ça change de Noirmoutier ! » s'amuse Cathy B. Difficile de la contredire. J'ai pris en quatre jours plus de soleil qu'en trois semaines au bord de l'Atlantique. La plage est un bonheur pour qui a rêvé d'une vie de lézard. Des hommes en rangers et fusils mitrailleurs patrouillent au milieu des transats. Il n'y a rien à faire que buller, lire, aimer. Accessoirement prendre trois kilos et filer après quelques bains de soleil parce que la plage, c'est sympa, mais, passé cinq jours, c'est barbant.

Ce vendredi 18 août, il fait 16° quand le vol TO 3227 de la Transavia se pose à 22 h 15 sans retard. Orly-Sud est un poème. Trois quarts d'heure d'attente pour un taxi. « C'est le bordel depuis deux ans ! » Mon chauffeur roule vitres fermées. « Et nous, pendant ce temps-là, on attend deux heures ! » C'est pas à Tunis qu'on verrait un truc pareil…


Pascal Praud / Le Point

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