2025-04-03 نشرت في
Sahbi Gorgi : L'Impact de l'Urbanisme et de l'Architecture sur l'Espérance de Vie en Tunisie
Depuis l’indépendance, la Tunisie a connu une urbanisation rapide accompagnée de progrès dans le domaine de la santé infantile.

Cependant, malgré un taux de mortalité infantile parmi les plus faibles d’Afrique, le pays peine à traduire ces avancées en une amélioration durable de l’espérance de vie. Selon Sahbi Gorgi, l'une des raisons majeures réside dans une urbanisation mal maîtrisée et dans la marginalisation de la profession d'architecte, ce qui affecte directement la qualité de vie et la santé publique des citoyens.
Un Urbanisme Chaotique et Non Planifié
Sahbi Gorgi affirme que l’architecture en Tunisie est souvent perçue comme un simple outil réglementaire, alors qu’elle devrait être au cœur des politiques de développement et d’aménagement urbain. Il souligne que, bien que des institutions telles que l’AFH, la SNIT, la SPROLS et l’ARRU soient censées gérer l’urbanisme, elles fonctionnent sans réelle coordination, ce qui conduit à une urbanisation désordonnée. Ce manque de synergie a engendré un étalement urbain incontrôlé, une mobilité défaillante et une marginalisation des architectes dans les projets de développement urbain.
Gorgi indique que cette situation a conduit à des conditions de vie dégradées, marquées par des logements mal conçus, l’absence de planification cohérente et une pollution généralisée. Ces facteurs expliquent en partie pourquoi l’espérance de vie en Tunisie reste inférieure à celle de ses voisins maghrébins.
Les Conséquences sur la Santé Publique
Sahbi Gorgi explique que l’absence de professionnalisme dans le secteur de la construction conduit à la prolifération de quartiers mal conçus qui ont des répercussions directes sur la santé publique. Il précise que la mauvaise qualité des habitations, due à une isolation thermique insuffisante et un manque de ventilation naturelle, entraîne des problèmes respiratoires et cardiovasculaires. De plus, l'absence d’espaces verts et de lieux de détente aggrave le stress chronique des habitants.
Le spécialiste de l’urbanisme souligne également l'augmentation des accidents domestiques dans les habitations non conformes aux normes de sécurité, ce qui met en lumière l’impact de l'urbanisme sur la santé des citoyens.
La Marginalisation de l'Architecte
Gorgi insiste sur le fait que la profession d'architecte est de plus en plus marginalisée, bien que sa régulation soit en place depuis 1974. Il souligne que la législation impose l’intervention d’un architecte pour toute construction dépassant 80m², mais que cette exigence est largement contournée. Le manque de transparence dans les processus administratifs favorise la corruption et la construction illégale, ce qui empêche les architectes d’assumer pleinement leur rôle dans la création d’espaces urbains sains et durables.
Les Défis du Modèle de Transport Urbain
Sahbi Gorgi met en avant que le modèle de transport en Tunisie repose presque exclusivement sur la voiture individuelle, ce qui contribue à l’encombrement des villes et à l'inefficacité du système de transport public. Il déplore le manque d'infrastructures adaptées aux piétons et aux cyclistes, ce qui accroît le stress et l'insécurité des déplacements. Selon lui, une ville bien pensée doit privilégier une mobilité variée et accessible pour garantir une meilleure qualité de vie.
Une Nécessaire Refonte du Modèle Urbain
Pour Sahbi Gorgi, l'amélioration de l’espérance de vie passe par une refonte des politiques urbaines et architecturales. Il recommande de réhabiliter le rôle de l’architecte en imposant une application stricte des lois en matière de construction et en simplifiant les procédures administratives pour rendre les architectes plus accessibles. Il plaide également pour une architecture bioclimatique adaptée au climat tunisien afin de réduire la consommation énergétique et améliorer le confort thermique des bâtiments.
Gorgi insiste sur la nécessité d’une planification urbaine intelligente, qui privilégie la densification des villes, le développement des quartiers intégrés, et l’accès facilité aux services essentiels. Il plaide également pour une plus grande attention aux espaces verts et aux lieux de sociabilité, qui sont essentiels pour le bien-être des habitants.
Conclusion : L'Architecture au Service de la Vie
Sahbi Gorgi conclut en affirmant que l'architecture ne se limite pas à la forme et aux matériaux ; elle façonne l'environnement de vie, la santé et même l’espérance de vie des citoyens. Il met en garde contre la marginalisation des architectes et l’urbanisation anarchique qui affecte la santé publique. Selon lui, réintégrer les architectes dans le processus de développement urbain, repenser la mobilité et garantir un cadre de vie sain et durable sont des enjeux cruciaux pour l’avenir du pays. Une ville bien pensée, insiste-t-il, est une ville qui protège et prolonge la vie de ses habitants.